dimanche 26 décembre 2010

Allégorie, symbolisme

Quelques éléments à explorer sur la question du symbolisme :

- le chapitre de Johann Huizinga y consacre dans L'Automne du Moyen Âge (chapitre XV), où il oppose pensée symbolique et pensée scientifique, voyant dans la première une forme de pensée primitive, dans la lignée de Lévy-Bruhl.

- Les réflexions de Philippe Descola, faisant de la pensée symbolique une des 4 formes de modélisation du réel.

- Les réflexions de Panofsky dans son ouvrage sur les Primitifs flamands (chapitre V : "Réalité et symbole dans la peinture primitive flamande").
Dans ce chapitre, Panofsky oppose deux formes de symbolisme :

+ le symbolisme explicite du haut Moyen-Âge qu'illustre la crucifixion du Psautier de Yolande de Soissons (1275) conservé à la Morgan Librairy, à New York, dans lequel le pélican, symbole du sacrifice de la Rédemption, est simplement posé sur la croix, elle-même devenue l'arbre de vie ;



+ et un symbolisme "voilé", celui qui se met en place avec les peintres du trecento italien et s'épanouit en particulier avec les primitifs flamands. Pour Panofsky, ce symbolisme voilé vient s'intégrer dans une évolution de la représentation du réel en occident où on passe d'une conception du tableau comme d'une chose qui "instruit, suscite de pieuses émotions et réveille des souvenirs" (Saint Bonaventure) à celle qu'illustre la phrase de Zola définissant l'oeuvre comme "un coin de nature vu à travers un tempérament".

Jan van Eyck, Annonciation, National Gallery of art, Washington



L'analyse de Panofsky s'ouvre sur l'analyse de la représentation de l'art roman chez les primitifs flamands qui a pour fonction de représenter le monde juif de l'ancienne alliance que vient remplacer et accomplir le monde chrétien.

- La distinction de Godelier entre symbolique et imaginaire - mais il s'agit là d'autre chose.

- Les analyses de Cassirer sur les formes symboliques. Réflexion que je ne connais pas.

- Les travaux d'Henri de Lubac sur la lecture allégorique au Moyen-Âge.
Exégèse médiévale : les quatre sens de l'écriture
Compte rendu critique sur Persée

- Quelque part dans Ernest R.Curtius.

- Dans La Peur des représentations, Jack Goody cite Mona Ozouf et son ouvrage sur la Fête révolutionnaire où celle-ci définit l'allégorie comme "imitation jusqu'à un certain point non imitative", qui est "plus allusion qu'illusion".
Ce qui est intéressant ici, évidemment, c'est le fait que l'allégorie apparaît comme un système signifiant échappant à la mimèsis.

- A l'occasion, aller voir aussi le livre de Dan Sperber, Le symbolisme en général.
Un bon résumé de son ouvrage, par Sperber lui-même définissant les symboles comme des provocations cognitives dans une vidéo sur AAR.
L'exemple de trinquer qui attire l'attention en tant que "geste intentionnel dont la finalité reste vague". Il insiste sur la plasticité du symbole susceptible de recevoir, tout en allant dans une direction définie, un éventail large d'interprétations selon les individus. C'est cette souplesse précisément qui explique pour lui le caractère stable culturellement des symboles (rites, mythes, etc...).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire