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vendredi 4 janvier 2013

Condamner la fiction : les débats après la tuerie de Newton

Assez rapidement, après un long silence, je reviens ici autour d'un thème qui continue à m'intéresser : la condamnation de la fiction, sa mise en procès.
Sans grande originalité, on voit réapparaître les mêmes débats aujourd'hui encore après la tuerie de Newton.
On en trouvera une analyse assez intéressante dans un article du Monde (sur l'excellent blog de Corinne Lesne, correspondante pour le Monde aux Etats-Unis)

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/12/15/theories-a-gogo-newtown-la-faute-aux-jeux-video-aux-pokemon-ou-a-facebook/

Mon ambition serait d'arriver à constituer un dossier pas nécessairement exhaustif mais suffisamment représentatif des argumentations contre la fiction ou contre la représentation (ce qui n'est pas la même chose d'ailleurs).
Je me permets d'user de ce blog comme d'un brouillon, c'est-à-dire à un usage essentiellement personnel.  
Il s'agira donc d'abord de faire des distinctions - entre représentation et fiction par exemple, entre les différents types d'argumentation par exemple dirigées contre la fiction ou la représentation, en retraçant un cheminement historique, etc.
On verra bien...

vendredi 17 juin 2011

quelques réflexions sur la poésie, tirée de l'articel "fiction et diction" de Gérard Genette dans

Dans le bel article où il réfléchit sur les frontières du littéraire, Gérard oppose au sein du "régime constitutif" de la littérarité le critère thématique définissant le littéraire par son contenu (les faits de fiction) au critère rhématique - d'abord nommé formel - où le littéraire tient "au caractère du texte lui-même et au type de discours qu'il exemplifie" (diction). Au sein de l'approche rhématique, c'est la forme poétique qui définit constitutivement la littérarité.



Dans un premier temps, Genette s'est attaché à l'approché thématique comme réponse à la question "qu'est-ce que la littérature?" - approche illustrée fondamentalement par Aristote dans sa Poétique.


La transition vers l'approche vers l'approche rhématique se fait avec La Logique des genres littéraires, Käte Hamburger - qui se situe dans la tradition aristotélicienne :
substitution à la triade épique-dramatique-lyrique, le couple fiction (dramatique ou narrative)/poésie lyrique :
Au sein de la Dichtung, seulement deux "genres" fondamentaux : le fictionnel (ou mimétique) et le lyrique, mais définis au niveau de l'énonciation - en rupture avec le régime ordinaire de la langue.

  • dans la fiction, non pas des énoncés de réalité, mais des énoncés fictionnels dont le véritable "je-origine" n'est pas l'auteur ni le narrateur, mais les personnages fictifs.
  • dans la poésie lyrique, nous avons affaire à des énoncés de réalité, dont la source reste indéterminée, car le "je lyrique" ne peut être identifié avec certitude ni au poète ni à personne de déterminé.
"L'énonciateur putatif d'un texte littéraire n'est jamais une personne réelle, mais ou bien (en fiction) un personnage fictif, ou bien (en poésie lyrique) un je indéterminé." (Ici, Genette rapproche la solution proposée par Käte Hamburger de celle de Batteux pour intégrer le lyrisme à la fiction).


Käte Hamburger "définit le lyrique par une attitude d'énonciation plus que par un état du langage" : pas d'opposition du "caractère essentiellement thématique du critère fictionnel" à "un caractère symétriquement formel du critère poétique".


Genette trouve "le critère proprement formel (...) comme pendant symétrique du critère thématique de la tradition aristotélicienne" dans la tradition du romatisme allemand.
Romantisme allemand § Mallarmé § Formalisme russe
"Idée d'un "langage poétique" distinct du langage prosaïque ou ordinaire par des caractéristiques formelles attachées superficiellement à l'emploi du vers, mais plus fondamentalement à un changement dans l'usage de la langue - traitée non plus comme un moyen de communication transparent, mais comme un matériau sensible, autonome et non interchangeable, où quelque mystérieuse alchimie formelle, refaisant "de plusieurs vocables un mot total, neuf, étranger à la langue et comme incantatoire", "rémunère le défaut des langues" et opère l'"union indissociable du son et du sens"."
(définition du langage poétique que Genette, selon ses propres termes, "raboute" à partir de "quelques lambeaux de formules de Mallarmé et de Valéry")


Image de Valéry pour opposer prose et poésie : " la poésie est à la prose ce que la danse est à la marche, c'est-à-dire un emploi des mêmes ressources, mais "autrement coordonnées et autrement excitées", dans un système d'"actes qui ont (désormais) leur fin en eux-mêmes"."
Prose : a pour fonction de s'abolir dans sa compréhension et dans son résultat /
Poésie : le texte poétique ne s'abolit qu'en lui-même ; sa signification n'efface pas sa forme.


Aboutissement théorique : la notion de fonction poétique chez Jakobson comme "accent mis sur le texte dans sa forme verbale - une forme rendue par là plus perceptible et en quelque sorte intransitive."
"En poésie, la foction communicative, propre à la fois au langage commun et au langage émotionnel, est réduite au minimum". (Jakobson, 1919)
"La poésire, c'est le langage dans sa fonction esthétique".

jeudi 24 février 2011

Qui a peur de l'imitation ? Pourquoi la fiction ? chap.1, Jean-Marie Schaeffer (suite 3)

4. Les deux généalogies de l'imitation ludique

Deux modèles :
  • le premier (présent par ex. dans La Naissance de la tragédie) explique la génèse de la représentation mimétique ludique à partir d'un cadre religieux : la fiction naîtrait d'un affaiblissement progressif de la croyance sérieuse en l'incarnation magique.
  • le second (théorie aristotélicienne) voit dans les activités mimétiques ludiques une relation au monde irréductible à toute autre.
Selon la première généalogie, les activités mimétiques premières relèvent de la sphère des rituels religieux et de la magie,
i-e des incarnations à fonction performative sérieuse : imiter quelqu'un, c'est devenir celui qu'on imite.
Ici l'immersion n'est pas crainte mais souhaitée : il s'agit de se défaire de sa propre personne afin de devenir le réceptacle d'une identité surnaturelle.
L'ambivalence de notre attitude face aux arts mimétiques : expression de notre angoisse de sujets "rationnellement émancipés" face à la peur d'une "régression" vers des comportements magiques et irrationnels mettant en péril notre identité de sujet.
L'imitation mise chez nous au service de la production de simulacres ludiques risquerait toujours de redevenir l'instrument d'une aliénation de notre identité rationnelle.
La naissance du mimétisme ludique :
remplacement de la croyance hallucinatoire en une incarnation réelle par deux attitudes nouvelles :
- la mauvaise foi (l'immersion spontanée est remplacée par une immersion provoquée)
- le mensonge manipulateur (profitant de l'effet d'entraînement);

Réfutation d'un tel modèle par JM Schaeffer

Dans les rituels de possession, le changement d'identité n'est pas une donnée de départ de l'activité mimétique, mais son résultat.
Passage du "pour de faux" au "pour de vrai" : c'est la transe ou l'extase induite par l'activité mimétique qui la fait basculer du côté de l'incarnation sérieuse.
i-e les rites de possession, loin de précéder la naissance de l'imitation, présupposent la capacité à s'absorber de manière consciente dans une telle activité.

Problème ethnologique du passage de l'imitation consciente à l'incarnation vécue. Cf. Michel Leiris dans La Possesssion et ses aspects théâtraux chez les Ethiopiens de Gondar : effort pour trouver un concept intermédiaire entre une possession et simulation, "théâtre vécu"
concept opposé à la fois au "théâtre joué" ("où le mensonge apparaît prépondérant") et à la "possession qu'on pourrait dire authentique (soit spontanée soit provoquée mais subie en toute bonne foi, dans une perspective magico-religieuse où la transe ne dépendrait d'aucune décision consciente de la part du patient)".
Triade possession "sérieuse"/théâtre vécu/théâtre joué : non pas une série évolutive, mais trois dynamiques mimétiques différentes en interaction permanente.

Deuxième généalogie :
Passage d'un cadre gnoséologique (passage du "magique" au "rationnel") à une approche pragmatique :
l'activité mimétique ludique publique naît comme ritualisation de conflits réels.
Considérer que dans le cadre de la théorie de la catharsis, la fonction de la mimèsis théâtrale est de déplacer des conflits réels vers un niveau purement représentationnel et de les résoudre à ce niveau-là.
Pour Aristote et la tradition défendant cette seconde généalogie, la fiction est fondée sur une compétence culturelle et psychologique spécifique.
Les pratique mimétiques répondraient à un besoin positif propre, celui d'une pacification des relations humaines à travers une distanciation ludique des conflits.
D'un point de vue phylogénétique, son origine n'est pas situable, les primates en semblant privés, mais toutes les sociétés humaines connues la partageant.
D'un point de vue ontogénétique : tout enfant doit apprendre la distinction entre "pour de vrai" et "pour de faux", mise en place très tôt.
Insistance sur l'étape très importante constituée par l'instauration du domaine de la feintise ludique dans l'humanisation des rapports sociaux.

5. Platon malgré tout

Retour sur la critique platonicienne et son héritage. Pour Schaeffer, c'est une position qui n'est plus soutenable aujourd'hui au regard des avancées de la psychologie du développement.
Persistance de la tradition philosophique dans une telle attitude (refuser toute fonction cognitive à l'imitation) a pour Schaeffer toute une série de raisons :
  1. la philosophie défend une conception très restrictive des modalités de la connaissance humaine.
  2. opposition simpliciste entre vérité et fausseté, i-e incapacité à reconnaître la diversité des modalités de croyance.
  3. conception naïve de la vie mentale, négligeant le rôle formateur de la simulation et de la modélisation mentales.
  4. réticence à associer plaisir d'immersion et connaissance
  5. conception de l'identité personnelle comme présence-à-soi autosuffisante (méconnaissance de la pluralité des personae grâce auxquelles nous arrivons à nous couler dans des moules sociaux divers)
Mais nécessité de nuancer :

Partage qui se fait entre Platon et Aristote ; pour Aristote, l'imitation est modélisation ; pour Platon, elle est leurre.
Platon a l'avantage de faire intervenir cette dimension absente de l'approche aristotélicienne : celle de la feintise.
Chez Aristote, aucune crainte de contamination du réel par l'imitation, la frontière catégorielle entre les deux ensembles discursifs étant stable.
Aristote : la fiction est pensée en relation avec le discours factuel (histoire) et la différence entre les deux catégories est claire et stable :
celle entre une modélisation à valeur généralisante et un mode de représentation qui reste cantonné au particulier et au contingent.
Aristote note que ce qui fait du poète un poète, ce n'est la nature des éléments qu'il met en scène (personnages fictifs, historiques ou traditionnels) mais le traitement qu'il leur fait subir :
une structuration mimétique qui est une modélisation généralisante. (Poétique, chap.9, 51b)

Nécessité pour comprendre la fiction et l'attitude ambivalente que la culture occidentale n'a cessé d'avoir à son égard, d'intégrer le point de vue platonicien (imitation comme feintise) dans le modèle aristotélicien (la fiction comme modélisation cognitive).
Comprendre en quoi la fiction est une conquête culturelle de l'humanité :
  1. Prendre acte de la transformation d'un dispositif mental très ancien (présent dans le règne animal), la feintise.
  2. Comprendre comment ce dispositif de leurre est contrôlé, comment la fiction se construit en tant que telle à travers une série de mécanismes de "blocages" qui sont censés empêcher l'immersion.
L'imitation conçue comme production d'un semblant possède sa dynamique propre, déterminée par le degré d'isomorphisme entre l'imitation et ce qui est imité et donc par le degré d'immersion qu'elle permet.
Lorsque cet isomorphisme dépasse un certain seuil, nous passons de l'immersion partielle qui caractérise la fiction à l'immersion totale qui caractérise le leurre.
Passer de l'instabilité platonicienne à la stabilité du modèle aristotélicien.

lundi 21 février 2011

Qui a peur de l'imitation ? Pourquoi la fiction ? chap.1, Jean-Marie Schaeffer (suite 2)

Suite de la prise de notes sur le livre de Jean-Marie Schaeffer, Pourquoi la fiction ? (1999)

3. Platon II : imiter et connaître

Dans le premier argument, la critique portée sur le choix de l'objet imité - éviter de simuler des activités répréhensibles.
Deuxième argument : dirigé contre la relation mimétique comme telle.
De nouveau, le point de départ, c'est la question de l'imitation des actions répréhensibles :
"Connaître (...) ceux qu'anime délire ou méchanceté, hommes ou femmes, il le faut ; mais il ne faut faire aucune des choses qu'ils font ; il ne faut pas non plus les imiter." (République, III, 396).
Distinction de trois niveaux : connaître/faire/imiter (dans une perspective ludique).
Pourquoi condamner l'imitation ? Parce que l'imitation n'est pas une connaissance, à la fois dans sa genèse et dans son mode d'opération sur le public.
L'élaboration d'une imitation ne résulte pas d'une connaissance de ce qui est imité (cf. Ion), ce qui la distingue d'une action sérieuse qui, lorsqu'elle est rationnelle, est fondée sur la connaissance.

Si la mimèsis ne résulte pas d'une connaissance, ni ne produit de connaissance, c'est qu'elle agit par contamination affective et non par persuasion rationnelle (effet d'immersion) :
"C'est un fait, sans doute, que les meilleurs d'entre nous (...) quand ils entendent Homère, ou tel autre parmi les tragiques, imiter un héros qui est dans le deuil, qui remplit de ses lamentations une longue tirade ou qui, chantant, se frappe la poitrine, ils y trouvent, tu le sais bien, du plaisir, ils se laissent aller, ils suivent le mouvement, ils s'associent aux émotions exprimées..." (République, X, 605 c-d).
Nécessité d'une police sévère, car les artistes imitateurs ont tendance à choisir des objets répréhensibles, un tempérament raisonnable étant plus difficile à la fois à imiter et à comprendre qu'un tempérament irritable (X, 604e-605a)

Ici l'imitation est condamnée en tant que telle parce qu'elle repose sur un mode d'action par contagion (opposée à la persuasion rationnelle qui fonde la démarche dialectique).
Glissement de la problématique morale à la question de la connaissance.
C'est en raison de son déficit cognitif que la mimèsis est condamnée.

Problématique de la mimèsis comme re-présentation en tant qu'opposé à la présentation des Idées.
Passage de la mimèsis comme feintise à la mimèsis comme représentation analogique : comparaison des trois lits (Livre X, 596 sq) - avec cette difficulté pour la polémique antimimétique tenant au fait que la théorie de la connaissance platonicienne est une théorie du reflet.
Cette hiérarchie des connaissances se calque sur une hiérarchie des objets de connaissance, instaurant des discontinuités : la confection d'une imitation d'une imitation ne saurait être que la mise en oeuvre d'une connaissance foncièrement dégradée, parce que l'objet sur lequel elle porte est un mode d'être lui-même dégradé.
Discontinuité ontologique :
la hiérarchie descendante qui mène de la connaissance rationnelle (des Idées) à l'opinion (la doxa, régissant notre rapport cognitif au monde des apparences, imitation des Idées) et enfin la mimèsis définit trois types discontinus de relations à la vérité.
Mimèsis : feintise d'un rapport à la vérité. Cf. Le Sophiste : le peintre est accusé de ne créer qu' "une sorte de rêve artificiel pour ceux qui restent éveillés." Cf. Ion, à propos du rhapsode.
l'imitation verbale : "... le poète imitatif installe une mauvaise constitution dans la propre âme de chacun d'entre nous, par sa complaisance envers ce que celle-ci a de déraisonnable et qui ne sait reconnaître, ni ce qui est plus grand ni ce qui est plus petit, mais tient les mêmes choses tantôt pour grandes, tantôt pour petites : faisant des simulacres avec des simulacres, et éloigné du vrai à une distance énorme." (Rep, X, 605).
L'artiste est un sorcier (thaumatopoia) qui pervertit l'âme humaine en usant de la magie.
Âme : enjeu d'un conflit entre l'imitateur et le sage.

Examen critique de ce deuxième argument par Schaeffer :
distinguer entre deux aspects :
  • la conception épidémiologique de l'action de la mimèsis
  • les conclusions que Platon tire de cette conception
La conception épidémiologique de l'action de la mimèsis
permet de distinguer les modes d'action de la mimèsis (intériorisation mimétique) et du discours philosophique (abstraction des concepts généraux).

Différence de niveaux :
  • mimèsis : niveau des schémas intériorisés sous forme de gestalts globales
  • discours philosophiques : niveau de la formation réflexive des croyances.
exemplification modélisante / analyse conceptuelle
fiction / rapport "référentielle" à la réalité

exemplification modélisante : la fiction met à notre disposition des schémas de situations, des scénarios d'actions, des constellations émotives et éthiques susceptibles d'être intériorisés par immersion.
analyse conceptuelle : aboutit à des savoirs abstraits dont l'application nécessite le passage par un calcul rationnel guidé par des règles explicites.

Essai par Schaeffer d'expliquer pourquoi Platon a pu mettre ainsi en valeur le mode d'action spécifique de la mimèsis :
Platon a été un acteur important dans une transformation historique majeure des modes de légitimation des croyances :
passage d'une société fondée sur l'exemplification "mythique" (réticence de Schaeffer à recourir à cette notion, appuyée sur Détienne) vers une nouvelle constellation - philosophie, mathématiques, savoirs empiriques.
Dans cette nouvelle constellation, la légitimation des croyances ne reposait plus sur la transmission d'un savoir social, mais sur un apprentissage individuel fondé sur l'abstraction conceptuelle universalisante.
Délégitimisation de transmission des savoirs sociaux : déchéance du savoir social en doxa ("Plasmata tôn proterôn" Xénophane, "forgeries des anciens").
L'autoclarification de la démarche philosophique exigeait qu'on essayât de comprendre ce qui la distinguait du fonctionnement cognitif des mythes.

Faiblesse dans l'analyse platonicienne :
- tout d'abord, il ne tient pas compte que ce passage du "mythe" à la philosophie est contemporain d'une autre transformation, à l'intérieur même de l'exemplification narrative :
dissociation de la modélisation "mythique" entre deux types de narration à statut pragmatique fort différent - dissociation dont l'épopée est le lieu de passage :
  • l'historiographie
  • la fiction narrative (imitation verbale ludique)
A l'époque classique, l'épopée passe du statut mythique au statut d'imitation qui ne vaut plus "pour de vrai" - par ex., chez Aristote, elle est traitée sur un pied d'égalité avec la poésie dramatique.
Epopée : en voie de devenir la "matrice de légitimation originaire des fictions romanesques à venir" (époque hellénistique).
Remarque sur la persistance de la fonction cognitive propre au "mythe" (transmission de savoirs sociaux - croyances intériorisées en bloc et non pas acquises par apprentissage individuel).

Globalement, le "savoir rationnel" (en particulier la philosophie) s'extrait du mythe dans un tel cadre qui voit ainsi apparaître dans le même moment l'historiographie et la notion de fiction narrative.

Ce qui apparaît alors, ce n'est pas la capacité de s'adonner à des feintises ludiques (capacité beaucoup plus ancienne), mais un nouvel art, dans une sphère culturelle spécifique (la nôtre), i-e une pratique symbolique livrée à l'appréciation esthétique publique.

Schaeffer reprend ici la distinction de Genette entre définition attentionnelle et définition intentionnelle :
  • art défini attentionnellement : on accorde une fonction esthétique à une pratique dont le statut originaire était différent.
  • art au sens intentionnel : nouvelle pratique littéraire spécifique, ici par ex. le roman qui ne naît en fait qu'au IIe ou Ier siècle avt.J.C.
Naissance de la fiction narrative : réorientation de l'attitude réceptive face aux narrations de la tradition épique.
Le fait que Platon ne tient pas compte de cette évolution explique pourquoi il ne distingue pas entre mensonge et feintise ludique.

- Deuxième limite de son analyse :
Incapacité à reconnaître la contagion mimétique comme type de connaissance, défini comme "plus fondamental" que la raison dialectique et la persuasion rationnelle par Schaeffer.
Ici, il faut noter que le problème du statut cognitif de la mimèsis se situe en deçà de la problématique de la fiction.