- Théorie néo-kantienne des formes symboliques ; recherches des structures anthropologiques universelles ou des formes universelles de la raison poétique ou littéraire.
- Théorie structuraliste : oeuvres culturelles considérées comme des "structures structurées sans sujet structurant" qui sont "des réalisations historiques particulières", "mais sans référence aux conditions économiques ou sociales de la production de l'oeuvre".
vendredi 20 mai 2011
Pierre Bourdieu, "Pour une science des oeuvres" in Raisons pratiques
mercredi 18 mai 2011
Jean Strarobinski, "La relation critique" (L'Oeil vivant II) - prise de notes
- Distinction entre méthode et théorie :
- double définition de la théorie à la fois comme "hypothèse anticipatrice sur la nature et les rapports internes de l'objet exploré" et comme "contemplation compréhensive d'un ensemble préalablement exploré". Dans le domaine littéraire, le regard "théorique" rétrospectif est en grande partie déterminé par le projet de l'oeuvre à venir.
- Méthode critique : codifier les moyens techniques et aussi plus largement réfléchir sur les fins
Place de la réflexion méthodologique en critique littéraire : aucunement douée d'une antériorité de droit. Cette réflexion en fait "escorte le travail critique, l'éclaire obliquement".
Cependant, nécessité de dépasser le "cas particulier d'une oeuvre ou d'un auteur". Dans ce cas, la méthode ne serait que "tâtonnement intuitif", "écho sensible", "reflet intellectualisé, docile à la séduction singulière de chaque lecture".
Nécessité de s'orienter vers "une unité finale", "d'élaborer la vision unifiée dans laquelle cette diversité s'offre à la compréhension en tant que diversité."
Paradoxe de la méthode ("réflexion sur les fins" et "codification des moyens") en critique littéraire : ne peut "se formuler conceptuellement qu'au moment où elle a accompli son office"
En tant que savoir, la critique s'achemine nécessairement "vers une théorie de la littérature", mais "cette généralisation du savoir critique reste en perpétuel devenir".
Défense de la notion de trajet critique - qui "s'effectue à travers une série de plans successifs, parfois discontinus, et à des niveaux de réalité différents."
Impossibilité de préconiser une méthode prédéfinie : "pour chaque plan particulier il existe une méthode préférable". Pas de méthode rigoureuse régissant le passage d'un plan à un autre plan, passage qui "est pourtant le moteur décisif du trajet critique". Par exemple, nécessité préalable du travail philologique avant l'élaboration de l'interprétation.
Ce qui implique que le rapport à l'oeuvre varie - nécessité d'une souplesse dans l'approche - tout en étant orienté vers une "totalisation du savoir et vers l'élargissement du spectacle intelligible."
"Variation grâce à laquelle l'oeuvre déploie des aspects différents, et grâce à laquelle aussi la conscience critique se conquiert elle-même, passe de l'hétéronomie à l'autonomie."
Passage d'une coïncidence empathique à une conscience de la loi de l'oeuvre : "l'éloignement que j'ai conquis m'apparaît comme la condition nécessaire pour qu'il n'y ait plus seulement acquiescement à l'oeuvre littéraire, mais rencontre avec celle-ci".
L'oeuvre aussi "se manifeste comme un trajet" - discours, fil narratif, flux poétique.
Spécificité de l'oeuvre littéraire : "cet événement reste inclus dans l'univers des mots : son mode d'action spécifique, sa façon propre d'agir passe par le détour de la "disparition élocutoire" des actes et des passions."
Double définition de la littérature comme "relation avivée - par le moyen de la transposition "élocutoire", qui implique l'émergence, libre et autonome, de l'élément du langage pur, et par conséquent une relation suspendue".
Travail au sein du lecteur. Rapport entre la conscience du lecteur et l'oeuvre : "elle a besoin d'une cosncience pour s'accomplir"; "elle se prédestine à une conscience réceptrice en qui se réaliser". (cf.G.Poulet).
Mais possibilité de "revenir aux multiples signes objectifs dont est composée cette chose (le livre)" - "les garants matériels de ce qui fut, à l'instant de la lecture, ma sensation, mon émotion".
Nécessité de "mettre entre parenthèses" l'émotion originelle de la lecture, de "traiter résolument en objets ce système de signes dont j'ai subi jusqu'à présent sans résistance et sans retour réflexif la magie évocatoire".
"Etude "immanente" des caractères objectifs de l'oeuvre : composition, style, images, valeurs sémantiques." Système complexe des rapports internes. Structure de l'oeuvre.
Remarque sur la nécessité de dépasser l'opposition entre "une face objective" et une "face subjective". "Car la réalité de la pensée consiste à être apparaissante ; l'écriture n'est pas le truchement douteux de l'expérience intérieure, elle est l'expérience même."
"Sans quitter l'analyse immanente de l'oeuvre, la tâche critique nous apparaît comme une totalisation inachevable de relevés partiels, dont la somme, loin d'être disparate, devrait s'intégrer de façon à mettre en évidence l'unité structurale qui gouverne le jeu des rapports internes entre les éléments et parties constituants."
Passage à un niveau supérieur :
après avoir traité l'oeuvre comme un monde, nécessité de s'attacher à l'intégration de l'oeuvre dans "un plus grand monde".
Il ne s'agit pas de "chercher la loi de l'oeuvre hors de celle-ci", mais de reconnaître ce qui dans l'oeuvre se rapporte à l'univers extérieur à l'oeuvre."
Par exemple, l'oeuvre peut apparaître comme l' "expression microcosmique de l'univers dans lequel elle a pris naissance" - "le déchiffrement de l'oeuvre me renverra à un "style d'époque", et vice versa".
Ce regard sur l'oeuvre trouve son illustration dans l'approche structuraliste, tentant de "mettre en évidence un logos commun à toutes les manifestations synchroniques d'une culture et d'une société données".
Validité d'une telle approche dans le cas de culture stable - "pour une littérature qui serait jeu réglé dans une société réglée". Par ex., analyse des contes populaires et des mythes primitifs.
Limite du structuralisme radical : dès lors que l'histoire intervient et qu'apparaît un élément perturbateur qui rompt l'équilibre.
"Dès l'instant où la philosophie s'arroge le droit de questionner (sans même le contester) le bien-fondé des institutions et des traditions, dès l'instant où la parole poétique, cessant de se réduire au seul jeu réglé, cesse d'être l'exorcisme de la transgression pour devenir elle-même transgressive". Mise en parallèle avec l'échec de l'ancienne critique normative à contraindre les oeuvres à s'insérer dans le cadre prédéfini de genres.
Modernité : les oeuvres et les sociétés n'appartiennent pas à la texture homogène d'un même logos. Pas de "système unitaire et cohérent de significations".
Tâche de la critique "immanente" : "déceler, à l'intérieur des textes (...) tout ce qui, dans le monde contemporain, donne à l'oeuvre de génie sa valeur de monstruosité ou d'exception sur le fond de la culture qui la porte."
Polyvalence : les éléments qui - dans leurs rapports réciproques - contribuent à la cohérence organique interne de l'oeuvre sont ceux-là mêmes qui, sous un autre angle, soutiennent une relation différentielle et polémique avec la littérature antérieure ou avec la société contemporaine."
"Les tensions internes dont vit l'objet littéraire comptent parmi leurs composantes des forces "destructurantes", dont la compréhension n'est possible qu'au prix d'une confrontation de l'oeuvre avec son origine, ses effets lointains, son milieu environnant."
"Comprendre une oeuvre dans ses rapports différentiels avec ses attenants immédiats : un homme, en devenant l'auteur de cette oeuvre, s'est fait autre qu'il n'était auparavant ; et ce livre, en s'introduisant dans le monde, oblige ses lecteurs à modifier la conscience qu'ils avaient d'eux-mêmes et de leur monde."
Réintroduction de la dimension "existentielle", sociologique et psychologique, dont il avait été abstraction pour interroger les rapports internes de l'oeuvre.
L'oeuvre redevient événement - passage à l'oeuvre.
Réintroduction du sujet comme sujet structurant de la structure structurée. Si on renonce à chercher l'auteur antérieur à l'oeuvre, "j'ai le droit et le devoir d'interroger l'auteur dans son oeuvre en demandant : qui parle ?"
Interrogation sur le destinataire.
Au trajet textuel, s'ajoute le trajet intentionnel impliqué dans le trajet textuel.
Dépassement et limitation du structuralisme : "Ce qui limite la compétence du structuralisme, c'est le fait que le trasit que nous venons d'évoquer ne s'effectue pas dans le "medium" homogène et continu du langage explicite."
Points de discontinuité : "passage à la parole", "recours à la littérature et à l'imaginaire".
"Il n'est point d'oeuvre moderne qui ne porte en elle l'indice ou la justification de sa propre venue au monde (Proust, Montaigne). Il faut déchiffrer dans l'oeuvre, la nature spécifique d'un désir, d'un pouvoir (d'un génie), qui a cherché à s'atteindre lui-même et à s'attester en donnant naissance à l'oeuvre."
Discontinuité : cf. Spitzer, "la personnalité d'un auteur (se liant) à un système d'écarts et de différences par rapport à la langue "moyenne" du moment culturel."
Oeuvre comme exception, comme monstre - paradoxe des oeuvres scandaleuses qui "deviennent des oeuvres exemplairement scandaleuses, des paradigmes" (paradoxe inhérent au langage et à la lecture compréhensive).
Autre risque du discours critique : perte de la singularité.
"Le discours critique unifie le champ de son investigation, et plus il poursuit sa propre unité, plus il se rend différent de la réalité multiple et brisée dont il s'occupe."
Cf. Blanchot : "entre la culture, qui tend à l'unification et à l'universalisation d'un discours rationnel, et la littérature, qui est l'annonciatrice du refus et de l'incompatible, la critique prend habituellement le parti de la culture." - attitude hégélienne, récupération des moments de rupture comme moment du devenir de l'esprit.
"Mais la compréhension critique ne vise pas à l'assimilation du dissemblable."
Question du statut du discours critique, dans sa relation à l'oeuvre :
"Le discours critique se sait, en son essence, différent du discours des oeuvres qu'il interroge et explicite. Pas plus qu'il n'est le prolongement ou l'écho des oeuvres, il n'en est le substitut rationnalisé."
Ecarter le risque du monologue.
Mise en évidence de trois moments coordonnés dans l'approche critique :
- la sympathie spontanée / certitude immédiate de la lecture
- l'étude objective / vérifiabilité de la technique "scientifique"
- la réflexion libre / plausibilité rationnelle de l'interprétation
Pôles du trajet critique entre : Tout accepter / tout situer
passer "d'une dépendance aimante à une indépendance attentive."
Faire que le discours critique ne soit pas "une machine célibataire", mais forme couple avec l'oeuvre. "Bref, l'oeuvre critique lie deux vérités personnelles et vit de leur intégrité préservée."
Métaphore conjugale (mais ne respectant pas la dimension imaginaire de l'oeuvre - qui est toujours "notre chère disparue" qu'il s'agit de faire revivre) ; métaphore de la nékuia homérique - Ulysse offrant le sang de bêtes sacrifiées aux ombres.
mercredi 11 mai 2011
Georges Hardy et l'enseignement colonial
dimanche 8 mai 2011
A propos d'Amadou Hampâté Bâ, sur internet
samedi 7 mai 2011
Histoire de l'enseignement de la littérature dans le secondaire en France (6)
2. L’évolution du corpus
Ces modifications profondes qui touchent le système éducatif se répercutent aussi dans le corpus. Au niveau, par exemple, des œuvres proposées au baccalauréat, on assiste à un renversement : le XVIIème siècle, longtemps dominant, recule jusqu’à presque disparaître – même si les œuvres sont toujours étudiées en classe ; par contre, le XIXème et surtout le XXème, tenus à l’écart, occupent maintenant la première place. On peut voir là le souci d’offrir des textes accessibles à tous, tant au niveau de langue que de la culture. Au niveau des genres aussi un changement s’opère. Si avant la réforme du baccalauréat en 1970, c’était la prose d’idée qui dominait de façon nette, les années 1980 voient le triomphe du roman, genre longtemps tenu en suspicion et écarté des corpus scolaires, ce qui témoigne d’un recentrement de la notion de littérature autour de l’imagination. Notons enfin l’apparition du genre autobiographique.
3. L’évolution des exercices
Nous l’avons signalé, 1970 est l’année d’une importante réforme du baccalauréat qui réorganise la « composition française » de 1880 dont nous avions noté le caractère un peu « fourre-tout ». A l’écrit, d’une durée de 4 heures, sont maintenant proposés trois sujets au choix : l’étude d’un texte d’idée – défini ensuite comme texte argumentatif – suivi d’une discussion ; un commentaire composé d’un texte littéraire ; une dissertation sur un sujet littéraire. Depuis 2006, c’est un ensemble de trois ou quatre textes qui est offert aux candidats sur lequel ils doivent produire une dissertation, un commentaire composé ou un travail d’invention, ce dernier exercice renouant d’une certaine façon avec la tradition rhétorique de l’écriture d’imitation.
L’explication de texte qui fait l’objet d’une épreuve orale connaît aussi pendant cette période quelques transformations. Tout d’abord on peut souligner une volonté absente auparavant de s’associer le fond et la forme : reléguer en fin d’explication les remarques stylistiques n’est maintenant plus toléré. Parallèlement, l’exercice, redéfinie comme « lecture méthodique », prend un tour plus technique ; à une saisie intuitive du texte se substitue une étude usant d’outils venus de la linguistique – distinction récit/discours, énoncé/énonciation, fonctions du langage, schéma actanciel –, de la narratologie – focalisation, distinction auteur/narrateur. Il s’agit maintenant de construire le sens à partir d’une approche descriptive des faits de langage dans le texte. Par ailleurs, l’idée de morceaux choisis cède la place à celle, nouvelle, de groupement de textes, ordonnés d’abord autour d’une thématique puis d’une problématique commune. Parallèlement, dans un même refus de l’extrait isolé de tout contexte, on soulignera la valorisation dont l’étude des œuvres intégrales fait l’objet.
Conclusion
On a donc assisté en deux siècles à la naissance d’une discipline, à sa lente constitution puis à sa transformation. L’enseignement des lettres s’est d’abord conçu sur le modèle de celui des langues anciennes comme une version modernisée de l’apprentissage rhétorique, héritier de la culture antique, dans lequel le texte étudié se donnait d’abord comme modèle d’écriture. Avec le triomphe de la IIIème République, cet enseignement s’est vu assigné un rôle central dans la constitution du sentiment d’identité nationale chez les jeunes générations, tout en assurant pendant près d’un siècle une fonction de reproduction sociale, puisqu’il s’agissait pour le jeune lycéen, issu des classes favorisées, de se reconnaître dans le corpus de textes littéraires qui lui était offert. Les transformations profondes du monde éducatif à partir des années 1960 amenant à une démocratisation et une unification du système ont ensuite amené à une redéfinition de la fonction de l’enseignement des lettres qui, après un temps de relativisme culturel et de scepticisme face au pouvoir civilisateur de la littérature, semble s’orienter aujourd’hui vers une vision plus patrimoniale, appuyée sur une approche plus technique des textes.
Histoire de l'enseignement de la littérature dans le secondaire en France (5)
I. De 1960 à nos jours : la démocratisation de l’enseignement des lettres
1. Le contexte
Les années 1960 marquent dans l’histoire de l’enseignement secondaire une rupture fondamentale. Avec la création progressive du « collège unique », achevée en 1975, le système d’enseignement à deux niveaux dans lequel le secondaire était réservé à une partie de la population est unifié : en 1958 seulement un enfant de 11 ans sur deux entrait au collège, alors que ce sera le cas de 98% d’entre eux en 1973. Le mouvement touchera les lycées dans les années 1980. Ainsi si en 1958, seulement 27,7% des adolescents de 17 ans étaient scolarisés, ils seront 75,9% à l’être en 1984.
Cet élargissement du public scolaire et l’allongement du temps d’études, loin d’entraîner un réel développement de l’enseignement technique ou professionnel, conduisent en fait à la généralisation du modèle de l’enseignement général secondaire aux autres formes d’enseignement. Cependant cette généralisation n’est pas sans provoquer une transformation en retour de la conception même du cours de lettres au lycée, rebaptisées cours de français. Les instructions officielles de 1981 du ministère de l’Education sont sur ce point éclairantes : il ne s’agit plus de transmettre une culture littéraire commune, maintenant soupçonnée de n’être qu’un instrument de distinction sociale, mais au contraire de permettre le développement personnel de l’élève en le reconnaissant comme porteur de sa propre culture. Par ailleurs, la littéraire cesse d’être conçue comme un savoir gratuit et désintéressé pour être rattachée à des finalités professionnelles et citoyennes. Les années 1990 et 2000 redéfiniront cependant la mission de l’enseignement de façon plus traditionnelle comme transmission d’une culture littéraire commune, appuyée sur une connaissance de l’histoire littéraire.
Autre mutation importante du système éducatif, lourde de conséquences sur l’enseignement des lettres et qui marque la fin d’une époque : le latin, héritier des « humanités » et d’une éducation pluriséculaire centrée sur la rhétorique, cesse d’être le critère d’excellence au profit des mathématiques. La figure idéale que projette le système éducatif n’est plus celle du l’« honnête homme » mais celle du scientifique. Le passage de l’épreuve de français de la Terminale à la Première, qui a pour conséquence d’amputer les études des lettres d’une année illustre bien cette perte de prestige de la littérature. Par ailleurs l’approche plus technicienne de la littérature, inspirée des sciences humaines, n’est pas non plus sans lien avec cette transformation.
Histoire de l'enseignement de la littérature dans le secondaire en France (4)
1. L’approche de la littérature : la « composition française » et l’« explication de texte »
Une des mesures importantes prises en 1880, le remplacement à l’écrit du baccalauréat du discours latin par une composition française, donne à l’enseignement de la littérature française toute sa légitimité et oriente nettement les exercices qui seront pratiqués en classe. La « composition française » est en fait une épreuve composite, puisque les candidats peuvent se voir proposer des types de sujet assez différents : jusqu’aux années 1925, on trouve encore beaucoup d’exercices héritiers de la tradition rhétorique, exigeant de l’élève une écriture de type imitatif, comme les amplifications, les narrations ou encore les lettres fictives – par exemple, celle qu’écrirait Ronsard à du Bellay après avoir lu les Regrets. C’est cependant la « dissertation », exercice introduit au milieu du siècle, qui est le plus souvent donnée. Mais dans ce cas, même si les instructions officielles invitent les élèves à exercer leur jugement, il s’agit encore le plus souvent de simplement illustrer et « amplifier » la thèse proposée à la réflexion des élèves. Ce n’est que très lentement que s’imposera le plan « dialectique » où l’illustration de la thèse est suivie de sa réfutation, puis de la recherche d’un compromis ou d’un dépassement. Loin d’être toujours de nature littéraire, les sujets proposent parfois une réflexion de type moral : « Montrez quelle peut être l’influence salutaire ou pernicieuse des bons et mauvais exemples. Faites voir que les bons exemples sont les meilleures leçons ». De même, les sujets littéraires invitent souvent à une lecture morale de l’œuvre, comme ces sujets proposant de voir dans l’œuvre de Corneille « une école de volonté ».
Autre exercice considéré comme « centre de gravité » du cours de lettres : l’explication de texte français. Elle est longtemps conçue comme un effort pour élucider les difficultés du texte. Probablement en partie imitée de la praelectio, lecture commentée des textes anciens pratiquée dans les collèges de l’Ancien Régime, elle repose sur une conception du texte comme « expression des intentions de l’auteur » ; la recherche de la composition de l’extrait est un moment important de l’exercice qui s’achève souvent par une mise en valeur de la dimension morale et esthétique. La pratique de l’explication de texte s’accompagne du développement d’une littérature scolaire de « morceaux choisis » dont le plus célèbre, encore édité aujourd’hui, est le « Lagarde et Michard ».