lundi 23 janvier 2012

Miwa Akihiro, Yoitomake no uta

En passant, une des chansons les plus fascinantes qui soient dans son interprétation originale et indépassable - du moins, je crois.
Yoitomake no uta, par Miwa Akihiro (Maruyama Akihiro)





父ちゃんのためなら エンヤコラ
母ちゃんのためなら エンヤコラ
もうひとつおまけに エンヤコラ

Pour mon père, oh hisse !
Pour ma mère, oh hisse !
Et encore un en prime, oh hisse !

今も聞こえるヨイトマケの唄

今も聞こえるあの子守歌

 Je l'entends encore aujourd'hui, cette chanson  de yoitomake
 Je l'entends encore aujourd'hui, cette berceuse

工事現場のひるやすみ
たばこふかして目を閉じりゃ
聞こえてくるよあの唄が
働く土方の あの唄が
貧しい土方の あの唄が

A la pause de midi, sur le chantier,
En tirant sur la cigarette, les yeux fermés,
Je l'entends, cette chanson
Cette chanson des gars du bâtiment,
Cette chanson des pauvres gars du bâtiment.

子供の頃に小学校で
ヨイトマケの子供きたない子供と
いじめぬかれてはやされて
くやし涙にくれながら
泣いて帰った道すがら
母ちゃんの働く とこを見た
母ちゃんの働く とこを見た


Quand j'étais petit, à l'école,
enfant d'ouvrier, enfant sale,
brimé et rejeté,
versant des larmes de honte,
en retournant de l'école, 
J'ai vu ma mère qui travaillait
J'ai vu ma mère qui travaillait

姉さんかむりで泥にまみれて
日に灼けながら汗を流して
男にまじって綱を引き
天にむかって 声あげて
力の限りに うたってた

母ちゃんの働く とこを見た
母ちゃんの働く とこを見た

Un fichu sur la tête, en larmes,
halée par le soleil, suant à grosses goutes,
tirait sur la corde, parmi les hommes,
la face au ciel, poussant la voix,
de toutes ses forces elle chantait

J'ai vu ma mère qui travaillait
J'ai vu ma mère qui travaillait



なぐさめてもらおう 抱いて もらおうと
息をはずませ 帰ってはきたが
母ちゃんの姿  見たときに
泣いた涙も 忘れ果て
帰って行ったよ 学校へ
勉強するよ
と言いながら
勉強するよ
言いながら
 
Elle m'a consolé, m'a pris dans ses bras,
Haletant, je suis revenu à la maison
Mais quand j'ai vu ma mère
J'ai oublié les larmes versées
Je suis reparti à l'école
en disant que je travaillerai bien

en disant que je travaillerai bien



あれから何年 経ったことだろう
高校も出たし 大学も出た
今じゃ機械の 世の中で
おまけに僕は エンジニア
苦労 苦労で
死んでった
母ちゃん 見てくれ  この姿
母ちゃん見てくれ この姿


Depuis, combien d'années ont passé ?
J'ai fini mes études au lycée, à l'université
Aujourd'hui je suis parmi les machines,
Et en plus je suis ingénieur !
Maman, toi qui es morte à la tâche,
Maman, regarde-moi !
Maman, regarde-moi !



何度か僕も  ぐれかけたけど
やくざな道は 踏まずに済んだ
 
Bien des fois, j'ai failli mal tourner
Mais jamais je ne suis devenu un voyou !

どんな きれいな 唄よりも
どんな きれいな 声よりも
僕を 励まし
なぐさめた
母ちゃんの唄こそ 世界一
母ちゃんの唄こそ 世界一


Plus que toute chanson aussi belle soit elle
Plus que toute voix aussi belle soit elle
La chanson de ma mère qui m'a encouragé, qui m'a consolé,
C'est la plus belle du monde
C'est la plus belle du monde

今も聞こえる ヨイトマケの唄

今も聞こえる 
 
あの 子守唄

Aujourd'hui encore je l'entends, la chanson de Yoitomake
Aujourd'hui encore je l'entends
Cette berceuse !


Condamner le théâtre : Introduction de L'Eglise et le théâtre d'Urbain et Levesque (1930) (2)


Attitude de l’Eglise : globalement hostile et défiante.
Ø  Les rituels
Ø  Assimilation des comédiens aux bateleurs dans une même réprobation.
Ø  A Paris, chaque dimanche, au prône de la messe paroissiale, on déclarait excommuniés ceux qui « durant le service divin, vaquaient aux jeux et spectacles des farceurs : telle manière de gens demeurant maudits et excommuniés jusqu’à ce qu’ils viennent à amendement et soient absous par l’Eglise. » (Rituel de Jean-François de Gondy, 1646, reproduit en 1654 ; cf. Rituel de Pavillon, Rituel romain du Pape Paul V, à l’usage de diocèse d’Alet, Paris, 1667 – mis à l’index en 1668, mais republié l’année suivante avec l’approbation de 26 prélats français : « comédiens, farceurs et bateleurs »)
Ø  On refuse le viatique à un comédien en danger de mort s’il ne renonçait pas à sa profession : on se borne à lui donner l’absolution, sans communion (Vie de M.Olier, M.Faillon, Paris, 1853. Cas de Brécourt sur son lit de mort (1685))

Faveur du roi pour le théâtre :
Ø  1661 : fondation de l’Académie royale de danse
Ø  1662 : se fait céder par son frère la troupe de Molière
Ø  1664 : tient sur les fonts baptismaux le fils de Molière, la duchesse d’Orléans étant sa marraine.
Ø  1667 : figure dans le ballet final du Sicilien.
Ø  1672 : création de l’Académie royale de musique
Ø  1682 : accorde à la troupe de feu Molière 12 000 livres de pension.
Les différents écrits de la querelle de la moralité du théâtre

u  L’Abbé d’Aubignac, La Pratique du théâtre (1657)
-          Projet d’une institution d’Etat chargée de contenir le théâtre dans les bornes de l’honnêteté et de le fournir de pièces capables de faire honneur à notre littérature.
-          Affirmation de la nécessité des spectacles et de l’intérêt majeur qu’il y a à les perfectionner.
-          Moyen : déclarer officiellement que
Ø  l’infâmie attachée à la profession de comédien est désormais injuste et sans raison
Ø  ne seront admis comme comédiens que ceux qui ont reçu un certificat de capacité et de bonnes mœurs délivré par « l’Intendant ou Grand maître des théâtres et jeux publics de France ».
Ø  les pièces seront soumises à une censure préalable.
u  Nicole : Traité de la Comédie (1659 mais sur ce point, voit Thirouin : pour lui rédaction à la fin des années 1650 et première publication en 1667), repris en 1675 dans le tome III des Essais de morale.
u  Toujours Nicole : 1666 conflit avec Desmarets de Saint-Sorlin :
« Un faiseur de romans et un poète de théâtre est un empoisonneur public, non des corps, mais des âmes des fidèles, qui se doit regarder comme coupable d’une infinité d’homicides spirituels, ou qu’il a causés en effet, ou qu’il a pu causer par ses écrits pernicieux. Plus il a eu soin de couvrir d’un voile d’honnêteté les passions criminelles qu’il y a décrit, plus il les a rendues dangereuses et capables de surprendre et de corrompre les âmes simples et innocentes. » (Les visionnaires).
Racine : Lettre à l’auteur des Hérésies imaginaires.
Barbier d’Aucour, janséniste, prend fait et cause pour Nicole :
« Les auteurs de romans et de comédies font consister tout leur art et toute leur industrie à toucher l’âme, à l’attendrir, à imprimer dans le cœur de leurs lecteurs toutes les passions qu’ils peignent dans les personnes qu’ils représentent, c’est-à-dire à rendre semblables à leurs héros ceux qui doivent regarder Jésus-Christ comme leur modèle et se rendre semblables à lui. »
u  Le P. Senault de l’Oratoire, Le Monarque, ou les devoirs du souverain, Paris, 1661.
Traité de politique dédié à Louis XIV.
Senault ne recourt pas aux Pères de l’Eglise mais plutôt aux auteurs profanes ou à l’analyse psychologique.
Interdiction de la danse, condamnation de la comédie.
« ... Si nous en voulons juger sans prévention, nous avouerons que, plus la comédie est charmante, plus est dangereuse. Et j’ajouterais même que, plus elle semble honnête, plus je la tiens criminelle. »
Justification du paradoxe :
« Le plaisir fait entrer insensiblement toutes les choses du monde dans notre esprit, et il n’y a rien de si mauvais qui n’y soit fort bien reçu, quand il est accompagné de ce poison agréable. C’est l’appât qui couvre l’hameçon auquel il est attaché, et l’expérience nous apprend que les hommes ne se perdent que par l’amour de la volupté. [...] Or la comédie est le plus charmant de tous les divertissements. Elle ne cherche qu’à plaire à ceux qui l’écoutent ; elle se sert de la douceur des vers, de la beauté des expressions, de la richesse des figures, de la pompe du théâtre, des habits, des gestes et de la voix des acteurs ; elle enchante tout à la fois les yeux et les oreilles, et pour enlever l’homme tout entier, elle essaye de séduire son esprit après qu’elle a charmé tous ses sens. Il faut être de bronze ou de marbre pour résister à tant d’appas, et j’avoue que les plus grands saints auraient peine à conserver leur liberté au milieu de tant d’agréables tentations [...]. L’homme est entièrement perverti depuis le péché, les mauvais exemples lui plaisent plus que les bons, parce qu’ils sont plus conformes à son humeur, et quand on lui représente sur le théâtre le vice avec ses laideurs et la vertu avec ses beautés, il a bien plus d’inclination pour celui-là que pour celle-ci. Et comme les poètes ne sont pas exempts de ce désordre, qui n’épargne aucune personne, ils expriment beaucoup mieux les passions violentes que les modérées, les injustes que les raisonnables, et les criminelles que les innocentes. Si bien que, contre leur intention même, ils favorisent le péché qu’ils veulent détruire, et ils lui prêtent des armes pour combattre la vertu qu’ils veulent défendre. » (Le Monarque, p.229 et suiv.)
u  Le Prince de Conti : revenu à la pratique chrétienne sous la conduite de Pavillon, évêque d’Alet.
Traité de la comédie et des spectacles selon la tradition de l’Eglise tirée des conciles et des saints Pères, publié en 1666 à titre posthume, précédé d’une collection des condamnations des premiers siècles à Saint Bernard.
Réprobation générale englobant tragédie, comédie, jeux du cirque et combats de l’amphithéâtre.
Reprise de l’argument selon lequel il ne peut y avoir d’amendement de la tragédie : peignant par essence les passions, elle les excitent dans le cœur des spectateurs.
Opposition totale entre la position du théâtre et du christianisme à l’égard des passions :
éradiquer les passions/ les susciter.
u  Réponse de l’abbé d’Aubignac à ces attaques : Dissertation sur la condamnation des théâtres (1666).
Le théâtre n’offre qu’un divertissement agréable, sans danger.
u  L’Abbé de Pure : défense de la profession de comédien dans l’Idée des spectacles anciens et modernes (Paris, 1668, p.175-177)
u  Joseph de Voisin, aumônier du Prince de Conti : Défense du traité de Monseigneur le prince de Conti touchant la comédie et les spectacles, ou la Réfutation d’un livre intitulé : Dissertation sur la condamnation des théâtres, Paris, 1671.
L’ouvrage constitue la somme la plus complète des autorités et des raisons alléguées contre l’innocence de la comédie et abonde en renseignements sur l’histoire du théâtre.
Rejette la déclaration royale de 1641
Examen de pièces de Corneille et Rotrou, de la Vraie Didon de Boisrobert, composée d’après une idée de d’Aubignac.
Condamnation des pièces jouées chez les Jésuites (à cause du travestissement).

u  La cabale des dévots : l’affaire du Tartuffe.
Débute avec L’Ecole des femmes et se poursuit avec le Tartuffe, dont les 3 premiers actes sont représentés devant le roi à Versailles le 12 mai 1664.
Louis XIV interdit cependant représentation publique et impression.
Multiplication des lectures et des représentations privées.
Réaction des milieux dévots.
Pierre Roullé, curé de Saint-Barthélemy, dans un panégyrique de Louis XIV (Le Roy glorieux au monde, ou Louis XIV le plus glorieux de tous les rois du monde), à propos de Molière :
« Un homme, ou plutôt un démon vêtu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fût jamais dans les siècles passés, avait eu assez d’impitié et d’abomination pour faire sortir de son esprit diabolique une pièce toute prête d’être rendue publique en la faisant exécuter sur le théâtre, à la dérision de toute l’Eglise [...]. Il méritait, par cet attentat sacrilège et impie, un dernier supplice exemplaire et public, et le feu même avant-coureur de celui de l’enfer, pour expier un crime si grief de lèse-majesté divine [...]. »
Le roi ordonne la suppression du discours de Roullé.
Lecture du Tartuffe à Fontainebleau devant le légat du pape qui approuve la pièce.
Le 5 août 1667 : représentation au Palais-Royal, après autorisation verbale de Louis XIV.
Le lendemain : le président Lamoignon fait opposition ; le 11, l’archevêque Hardouin de Péréfixe interdit sous peine d’excommunication « de représenter, lire ou entendre réciter la susdite comédie, soit publiquement, soit en particulier. Cette pièce est d’autant plus capable de nuire à la religion, que, sous prétexte de condamner l’hyprocrisie ou la fausse dévotion, elle donne lieu d’en accuser indifféremment tous ceux qui font profession de la plus solide piété, et les expose par ce moyen aux railleries et aux calomnies continuelles des libertins [...]. »
1669 : le roi donne à molière toute liberté de représenter la pièce, jouée le 5 février et imprimée en mars.
Préface de Molière au Tartuffe :
« Je sais qu’il y a des esprits dont la délicatesse ne peut souffrir aucune comédie, qui disent que les plus honnêtes sont les plus dangereuses, que les passions que l’on y dépeint sont d’autant plus touchantes qu’elles sont pleines de vertu, et que les âmes sont attendries par ces sortes de représentations. Je ne vois pas quel grand crime c’est que de s’attendrir à la vue d’une passion honnête ; et c’est un haut étage de vertu que cette pleine insensibilité où ils veulent faire monter notre âme. Je doute qu’une si grande perfection soit dans les forces de la nature humaine, et je ne sais s’il n’est pas mieux de travailler à rectifier et adoucir les passions des hommes, que de vouloir les retrancher entièrement. J’avoue qu’il y a des lieux qu’il vaut mieux fréquenter que le théâtre ; et, si l’on veut blâmer toutes les choses qui ne regardent pas directement Dieu et notre salut, il est certain que la comédie en doit être, et je ne trouve point mauvais qu’elle soit condamnée avec le reste. Mais supposé, comme il est vrai, que les exercices de la piété souffrent des intervalles et que les hommes aient besoin de divertissement, je soutiens qu’on ne leur en peut trouver un qui soit plus innocent que la comédie. »

Giraudoux, le choix des élus, chapitre VI, l'esthétique d'Edmée


Je continue avec mes citations de Giraudoux. Un texte extrait du Choix des élus, roman de 1938.

Giraudoux – Choix des élues – chapitre VI, p.571-572

L’esthétique d’Edmée

Dialogue entre Edmée et le directeur général des studios à Hollywood qui veut la faire rentrer dans son Conseil des Vraisemblances.
[...]
-   En tout cas, vous personnifiez quelque chose. Avec vous, on se sent avec une sûreté, une vérité. Entrez dans mon conseil, nous verrons laquelle. » On avait bientôt vu que c’était la vérité elle-même. Le conseiller pour les animaux sauvages, qui sait à quelle heure chacun d’eux se lève, et avait exigé le plein midi pour le dragon de Siegfried, le conseiller pour les Arabes, qui surveillait dans les figurants la proportion des ophtalmies, les conseillers de vraisemblance des films documentaires eux-mêmes, des éclipses sur le Guatemala, du sourire chez les bûcherons, de la monture des diamants chez les Borgia, avaient dû vite convenir que dans leur propre spécialité Edmée était la plus experte. Du jour où elle avait remplacé l’Irlandaise, - c’était exact d’ailleurs que le sous-directeur était un toucan, - cette alliance entre la puérilité et le bibelot qui était la spécialité et l’horreur de Hollywood avait enfin cédé. Edmée croyait aux sentiments, et pas à la couleur locale, à Roméo et pas au balcon, à Desdémone et pas au mouchoir, à Judith et pas à la tête d’Holopherne portée par les cheveux, pleurant et dégouttant son sang. Dans le premier film qui lui avait été soumis et qui était Mazeppa, du fait seul qu’elle avait supprimé les crinières sous le vent, les kwas pétillants dans les coupes, les bagues sertissant le derrière des étalons, les vernes miroitant sur la Volga, - tout ce qui la choquait, - elle avait lancé la mode d’un univers infiniment moins voyant et moins insistant que l’univers admis jusqu’à ce jour. Elle haïssait l’effort, qu’il fût la prétention chez les hommes, ou le pittoresque dans la nature. Elle n’aimait pas les genres, ni les particularités qui se traduisent par des différences trop évidentes d’âge ou de visage. De sorte, sous sa création, qu’était né un monde d’images où il n’y avait que quelques années d’écart entre le conscrit et le centenaire, quelques rides d’écart entre la laide et la belle, où ce maquillage de la vie obtenu par l’accentuation de la vieillesse ou de la jeunesse, du vice ou de la vertu, de l’orage ou du clair de lune, se dissolvait dans une ressemblance et dans une aise générale des paysages et des êtres. Jusque dans les documentaires, l’Amérique perdait son grand Cañon, l’Afrique son Zambèze, et n’étaient plus que des continents de vallons et de fleurs. Bref, elle avait inventé le paradis. A cette lumière douce, mais intraitable, tout ce qui n’était pas vrai devenait comique ou s’avérait frelaté. Le tri s’opérait de lui-même entre les accessoires du bonheur humain et ceux de la convention humaine. La tour Eiffel était des premiers, et l’église d’Arlington, et le péristyle de la porte de l’avant-porte de l’antichambre de la chambre du pavillon de la villa de Henry James, le frère de William James... Les Pyramides, le Niagara, le nez en trompette des vierges de Botticelli étaient des seconds. Chaque spectateur goûtait ce qu’il y avait de plus profond et de plus particulier dans sa joie au milieu de ce monde où tous étaient semblables. L’homme se rue vers tout ce qui ressemble à cette maison humaine qu’il n’a pu trouver ici-bas. Les millions d’Américains qui assiégeaient les films d’Edmée n’allaient pas au spectacle, mais enfin chez eux, enfin dans leur verger, enfin sur leur grève

vendredi 20 janvier 2012

Nikola Mihov, photographe bulgare

Un lien vers le site et le blog de Nikola Mihov, photographe bulgare né en 1982 à Sophia, avec de beaux reportages sur la Bulgarie, sur les communautés chinoises à Paris, sur les manifestations contre le CPE, sur la Chine.
On est dans le domaine du photoreportage intelligent, sensible où les gens photographiés sont représentés avec une grande dignité, avec beaucoup de rigueur aussi au niveau formel. On est dans la lignée de Cartier-Bresson, de Koudelka et c'est très bien ainsi.
Approche frontale, refus du sentimentalisme, une certaine froideur dans le traitement du sujet... rien de très original mais en même temps je me sens proche de tout ça et je crois que c'est ce que la photographie peut faire de mieux aujourd'hui ; c'est du moins ce que j'en attends.







mercredi 18 janvier 2012

Malouma, chanteuse mauritanienne

Une découverte grâce à France Culture qui consacrait hier une émission fort intéressante à Sahara (son histoire, son peuplement, son rôle dans l'histoire du continent africain) :

Malouma est mauritanienne ; très populaire, elle a subi longtemps la censure des autorités avant que la Mauritanie ne revienne à un ordre constitutionnel.
On trouvera une biographie très riche sur Mondomix.






vendredi 13 janvier 2012

Condamner le théâtre : Introduction de L'Eglise et le théâtre d'Urbain et Levesque (1930) (1)

Prise de notes de l'introduction de L'Eglise et le théâtre d'Urbain et Levesque (1930), édition des textes relatifs à la querelle du théâtre autour de Caffaro et Bossuet.
Je reprends une partie des citations données dans cette longue introduction


Charles Urbain et Eugène Levesque – L’Eglise et le théâtre

Introduction

Renaissance des spectacles et du théâtre après les guerres civiles, sous Henri IV et Louis XIII :
Ø  Etablissement de théâtres permanents
Ø  Troupes ambulantes
Ø  Importance du nombre d’auteurs dramatiques.
(rf. Charles Sorel, Biblothèque française, 1664, p.183 : les auteurs acceptent que leur nom figure à l’affiche)
Mais toujours mépris pour les comédiens (rf. J-Pierre Camus, Les Leçons exemplaires, 1632, p.461 et suiv. ; l’abbé de L*** P***, Décision faite en Sorbonne touchant la comédie, Paris, 1694)
Pour le statut des comédiens, déclaration royale du 16 avril 1641.

« Les continuelles bénédictions qu’il plaît à Dieu épandre sur notre règne, nous obligeant de plus en plus à faire tout ce qui dépend de nous pour retrancher tous les dérèglements par lesquels il peut être offensé ; la crainte que nous avons que les comédies qui se représentent utilement pour le divertissement des peuples, soient quelquefois accompagnées de représentations peu honnêtes qui laissent de mauvaises impressions dans les esprits, fait que nous sommes résolus de donner les ordres requis pour éviter tels inconvénients. A ces causes,.. faisons... défenses à tous comédiens de représenter aucunes actions malhonnêtes, ni d’user d’aucunes paroles lascives ou à double entente, qui puissent blesser l’honnêteté publique ; et ce sur peine d’être déclarés infâmes et autres peines qu’il y écherra ; enjoignons à nos juges, chacun en son détroit, de tenir la main à ce que notre volonté soit religieusement exécutée ; et, en cas que les dits comédiens contreviennent à notre présente ordonnance, nous voulons et entendons que nos dits juges leur interdisent le théâtre et procèdent contre eux par telles voies qu’ils aviseront à propos, selon la qualité de l’action, sans néanmoins qu’ils puissent ordonner plus grandes peines que l’amende et le bannissement ; et en cas que lesdits comédiens règlent tellement les actions du théâtre qu’elles soient du tout exemptes d’impuretés, nous voulons que leur exercice, qui peut innocemment divertir nos peuples de diverses occupations mauvaises, ne puisse leur être imputé à blâme, ni préjudice à leur réputation dans le commerce public ; ce que nous faisons afin que le désir qu’ils auront d’éviter le reproche qu’on leur a fait jusqu’ici, leur donne autant de sujet de se contenir dans les termes de leur devoir ès représentations publiques qu’ils feront, que la crainte des peines qui leur seraient inévitables, s’ils contrevenaient à la présente déclaration. »
La gazette de Renaudot : « Le soin des plus grandes choses n’empêchant pas aussi Sa Majesté de penser aux moindres, et sachant que la comédie, depuis qu’on a banni des théâtres tout ce qui pouvait souiller les oreilles plus délicates, est un des plus innocents divertissements et le plus agréable à sa bonne ville de Paris, sa bonté est telle qu’il y veut entretenir trois bandes de comédiens, la première à l’Hôtel de Bourgogne, la deuxième aux marais du Temple, de laquelle Mondory ouvrit le théâtre dimanche dernier, et la troisième au faubourg Saint-Germain. » (La Gazette, 6 janvier 1635)

1639

Instruction chrestienne touchant les spectacles publics, André Rivet
Ø  Reprise des arguments des Pères de l’Eglise
Ø  Blâme les obscénités sur scène
Ø  Condamne les pièces tirées de l’Ecriture et de la vie des saints : « n’étant pas convenable que les gestes des saints soient représentés par des hommes infâmes. »
(citation de Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Police des spectacles)
Apologie du théâtre par Monsieur de Scudéry
Ø  Les raisons invoquées par les Pères n’existent plus
Ø  Citations de Pères de l’Eglise plus indulgents (en fait, ils sont favorables davantage à la poésie qu’à l’art dramatique)
Ø  Distinction nécessaire entre les comédiens et les bouffons, bateleurs, délice du menu peuple.
Ø  Le théâtre n’est pas seulement un divertissement mais aussi une école de vertu.
« Lorsque la comédie sera composée, récitée et écoutée d’une façon approchante de celle dont j’ai parlé, je ne craindrai point de dire d’elle ce que j’en ai dit autrefois, qu’elle est l’objet de la vénération de tous les siècles vertueux, le divertissement des empereurs et des rois, l’occupation des grands esprits, le tableau des passions, l’image de la vie humaine, l’histoire parlante, la philosophie visible, le fléau du vice et le trône de la vertu. »

Lettre de Balzac à Mondory après le succès du Cid.
« J’ai plusieurs raisons de vous estimer, et pense le pouvoir faire du consentement de nos plus sévères écoles, puisque, ayant nettoyé notre scène de toutes sortes d’ordures, vous pouvez vous glorifier d’avoir réconcilié la comédie avec les dévots et la volupté avec la vertu ; pour moi, qui ai besoin de plaisir et n’en désire pas prendre néanmoins qui ne soit bien purifié et que l’honnêteté ne permette, je vous remercie avec le public du soin que vous avez de préparer de si agréable remèdes à la tristesse et aux autres fâcheuses passions. » (lettre du 15 décembre 1636)

« Les compositions de ce genre ne sont plus ce qu’elles étaient il y a trente ans ; la comédie est devenue belle en vieillissant, et sa beauté est aujourd’hui d’accord avec son honneur : aucune de ses actions n’est licencieuse, aucune de ses paroles déshonnête ; au contraire, la licence et l’infamie sont l’objet de ses censures, et je ne crains point de dire qu’elle est tellement épurée qu’une fille la peut voir avec moins de scandale qu’elle ne parlerait à un capucin à la porte de son couvent. » Les Songes des hommes éveillés, Paris, 1646.

Les scrupules d’Anne d’Autriche à aller à la comédie : remontrance de son curé, mais des évêques la rassurent (Mémoires de Mme de Motteville)

Condamner le théâtre : Introduction de l'édition du Traité de la comédie par Laurent Thirouin (Champion, 1998)

Je reprends ici des notes prises à partir de l'introduction générale de l'édition donnée par Laurent Thirouin du Traité de la comédie de Pierre Nicole ainsi que d'autres textes relatifs à la querelle de la moralité du théâtre dans les années 60-70.



Dossier centré sur la période 1660-1670 : « moment paroxystique dans le conflit traditionnel entre les Eglises chrétiennes et le théâtre. »

l  Spécificité du contexte : transformation de la nature même des spectacles théâtraux :
Ø  A l’époque des Pères de l’Eglise : « spectacles grossiers liés au paganisme »
Ø  Moyen-Âge : lien entre la piété populaire et les représentations théâtrales.
Ø  Rénovation du théâtre dans la 1ère moitié du 17e siècle. Mise en place d’un théâtre purifié.
Déclaration de Louis XIII, « reconnaissant aux comédiens une respectabilité qui leur était souvent contestée » (1641).

l  « La grande offensive contre le théâtre des années 1660-1670
Ø  Nombre important d’écrits
Ø  Qualité des textes : notamment Nicole « qui prend acte de la moralisation du théâtre et justifie, par une nouvelle argumentation, l’immuable répugnance des valeurs chrétiennes à l’égard de la scène théâtrale ».
Ø  Qualité des victimes :
²  Corneille
²  Racine – querelle des Visionnaires.
²  Molière – Tartuffe et Dom Juan.

Enjeu de cette polémique :

La violente polémique de Nicole et de Varet contre le théâtre (et d’abord contre Corneille) efface près d’un siècle de négociations et de médiations. (M.Fumaroli, « La querelle de la moralité du théâtre au XVIIe siècle », Bulletin de la Société française de philosophie, juill.sept. 1990, p.67.)

« Rompre avec le travail d’affinement des notions mené par les doctes depuis la Renaissance.
Opposition entre
les efforts de réglementation du théâtre (au plan esthétique mais aussi moral) : « phénomène accessoire »
et
la réalité profonde du spectacle dramatique, immuable.

Refus de l’approche des doctes, considérée comme métaphysique, c’est-à-dire éthérée et abstraite.

Le discours que j’ai entrepris appartient à la morale et non pas à la métaphysique : je veux parler de la Comédie comme on la joue, et point du tout comme on ne la joue pas. (Conti, Traité de la Comédie et des Spectacles)

l  Dans l’histoire littéraire, privilège accordé aux Maximes et réflexions sur la Comédie (1694) de Bossuet ainsi qu’à la Lettre à d’Alembert sur les spectacles (1758).
l  Nature de cette querelle : la question religieuse l’emporte évidemment sur la question esthétique. Cependant,
Ø  « Les adversaires du théâtre (...) sont amenés à investir l’art dramatique d’une grande puissance. »
Ø  Richesse argumentaire qui ne se limite pas à la seule dimension morale :
²  Niveau poétique
²  Anthropologique
²  Métaphysique
Diversité des approches :
²  Pour certains, privilège accordé à la question du comédien et du risque qu’il court.
²  Perspective historique pour montrer que malgré la différence de contexte il y a une permanence de la nature du spectacle dramatique des Pères de l’Eglise au 17e.
Diversité des objectifs
²  Projet d’une christianisation de la littérature
²  Dénonciation de ce projet comme une « illusion dangereuse » : incompatibilité structurelle entre l’Evangile et la Comédie.


Le Traité de la Comédie de Pierre Nicole

Question de la date : le texte « appartient à deux époques »
l  La fin des années 1650 par sa rédaction (liée à la publication en 1657 de la Pratique du théâtre de l’abbé d’Aubignac)
l  1667, par sa publication

Qualité et originalité du texte

l  Le trait le plus remarquable : l’exclusion des références patristiques obligées.

On n’a pas voulu rapporter en cet écrit les passages des Pères, et des Conciles, qui condamnent la Comédie et les spectacles, ni faire voir qu’ils comprennent aussi bien les Comédies de ce temps que celles du temps des Pères : parce que l’on peut voir cela en d’autres écrits qui ont été faits sur le même sujet. (addendum de l’édition de 1667)

Présence de citation des Pères de l’Eglise mais « jamais à travers leurs déclarations sur le théâtre. »
Volonté de faire œuvre de moraliste.

Usage très systématique de la Bible : les prophètes, les livres sapientiaux et poétiques, les psaumes, les épîtres pauliniennes.
A partir des citations de la Bible, élaboration d’une métaphorique originale (comparaison filée entre les dégoûts spirituels et les dégoûts alimentaires).
Proximité stylistique avec Saint Paulin de Nole.

l  Parallèle avec l’ouvrage de Bossuet :
« Les grands adversaires du théâtre se sont recrutés parmi les « repentis » » :
Ø  Conti, ancien protecteur de Molière.
Ø  Nicole, à Port Royal, était « l’expert en esthétique et en théorie poétique » (Jean Ménard)
Ø  Bossuet aurait fréquenté dans sa jeunesse le théâtre.

Bossuet :
Ø  critique l’art théâtral essentiellement à travers Molière
Ø  proximité avec Rochemont qui condamne l’impitié de Dom Juan et laisse subsister l’idéal d’une tragédie religieuse.

Nicole :
Ø  exemples tirés de Corneille
Ø  hostilité à toute mimèsis.

Mais l’un et l’autre condamnent le théâtre en bloc.

Supériorité argumentative de Nicole : Bossuet pris dans la logique de la réfutation de Caffaro est obligé de revenir sur l’examen des autorités.

Nicole : libre du commentaire de texte et du débat.
Possibilité de considérer avec Georges Couton, le Traité de la Comédie comme « un comprimé de la morale janséniste » et sa lecture comme « l’initiation la plus aisée et la plus directe à la connaissance de l’esprit janséniste. »

Place du concept de vanité :
« Le théâtre, de même que la plupart des divertissements, est condamné comme une démonstration de vanité. Par vanité, Nicole entend toute activité ou préoccupation qui n’aurait pas pour objet immédiat la recherche du salut et la célébration de Dieu. « Il faut que toutes nos actions soient rapportées à sa gloire. » (Nicole) Il s’ensuit une conception de l’existence entièrement et étroitement tributaire de la foi professée. Nicole ne laisse subsister aucun espace indifférent, périphérique, où des problèmes accessoires pourraient se poser dans une perspective laïque. »
« L’idéal de vie qui se fait jour à l’occasion de cette mise en cause du théâtre est bel et bien un idéal monastique. »
3 convictions « éminement représentatives de la spiritualité augustinienne, telle qu’elle est professée à Port-Royal. »
Ø  refus de la vanité
Ø  amour exclusif de Dieu
Ø  éloge de la retraite