Attitude
de l’Eglise : globalement hostile et défiante.
Ø Les rituels
Ø Assimilation des comédiens aux bateleurs dans une même réprobation.
Ø A Paris, chaque dimanche, au prône de la messe paroissiale, on déclarait
excommuniés ceux qui « durant le service divin, vaquaient aux jeux et
spectacles des farceurs : telle manière de gens demeurant maudits et
excommuniés jusqu’à ce qu’ils viennent à amendement et soient absous par
l’Eglise. » (Rituel de Jean-François de Gondy, 1646, reproduit en
1654 ; cf. Rituel de Pavillon, Rituel
romain du Pape Paul V, à l’usage de diocèse d’Alet, Paris, 1667 – mis à
l’index en 1668, mais republié l’année suivante avec l’approbation de 26
prélats français : « comédiens, farceurs et bateleurs »)
Ø On refuse le viatique à un comédien en danger de mort s’il ne renonçait pas
à sa profession : on se borne à lui donner l’absolution, sans communion (Vie de M.Olier, M.Faillon, Paris, 1853.
Cas de Brécourt sur son lit de mort (1685))
Faveur
du roi pour le théâtre :
Ø 1661 : fondation de l’Académie royale de danse
Ø 1662 : se fait céder par son frère la troupe de Molière
Ø 1664 : tient sur les fonts baptismaux le fils de Molière, la duchesse
d’Orléans étant sa marraine.
Ø 1667 : figure dans le ballet final du Sicilien.
Ø 1672 : création de l’Académie royale de musique
Ø 1682 : accorde à la troupe de feu Molière 12 000 livres de
pension.
Les
différents écrits de la querelle de la moralité du théâtre
-
Projet d’une institution
d’Etat chargée de contenir le théâtre dans les bornes de l’honnêteté et de le
fournir de pièces capables de faire honneur à notre littérature.
-
Affirmation de la
nécessité des spectacles et de l’intérêt majeur qu’il y a à les perfectionner.
-
Moyen : déclarer
officiellement que
Ø l’infâmie attachée à la profession de comédien est désormais injuste et
sans raison
Ø ne seront admis comme comédiens que ceux qui ont reçu un certificat de
capacité et de bonnes mœurs délivré par « l’Intendant ou Grand maître des
théâtres et jeux publics de France ».
Ø les pièces seront soumises à une censure préalable.
u Nicole : Traité de la Comédie (1659 mais sur ce point, voit Thirouin : pour lui rédaction à la fin
des années 1650 et première publication en 1667), repris en 1675 dans le tome
III des Essais de morale.
u Toujours Nicole : 1666 conflit avec Desmarets de Saint-Sorlin :
« Un faiseur de romans et un poète de théâtre est un empoisonneur
public, non des corps, mais des âmes des fidèles, qui se doit regarder comme
coupable d’une infinité d’homicides spirituels, ou qu’il a causés en effet, ou
qu’il a pu causer par ses écrits pernicieux. Plus il a eu soin de couvrir d’un
voile d’honnêteté les passions criminelles qu’il y a décrit, plus il les a
rendues dangereuses et capables de surprendre et de corrompre les âmes simples
et innocentes. » (Les visionnaires).
Racine : Lettre à l’auteur des
Hérésies imaginaires.
Barbier d’Aucour, janséniste, prend fait et cause pour Nicole :
« Les auteurs de romans et de comédies font consister tout leur art et
toute leur industrie à toucher l’âme, à l’attendrir, à imprimer dans le cœur de
leurs lecteurs toutes les passions qu’ils peignent dans les personnes qu’ils
représentent, c’est-à-dire à rendre semblables à leurs héros ceux qui doivent
regarder Jésus-Christ comme leur modèle et se rendre semblables à lui. »
u Le P. Senault de l’Oratoire, Le Monarque, ou les
devoirs du souverain, Paris, 1661.
Traité de politique dédié à Louis XIV.
Senault ne recourt pas aux Pères de l’Eglise mais plutôt aux auteurs
profanes ou à l’analyse psychologique.
Interdiction de la danse, condamnation de la comédie.
« ... Si nous en voulons juger sans prévention, nous avouerons que,
plus la comédie est charmante, plus est dangereuse. Et j’ajouterais même que,
plus elle semble honnête, plus je la tiens criminelle. »
Justification du paradoxe :
« Le plaisir fait entrer insensiblement toutes les choses du monde
dans notre esprit, et il n’y a rien de si mauvais qui n’y soit fort bien reçu,
quand il est accompagné de ce poison agréable. C’est l’appât qui couvre
l’hameçon auquel il est attaché, et l’expérience nous apprend que les hommes ne
se perdent que par l’amour de la volupté. [...] Or la comédie est le plus charmant de tous les divertissements. Elle ne
cherche qu’à plaire à ceux qui l’écoutent ; elle se sert de la douceur des
vers, de la beauté des expressions, de la richesse des figures, de la pompe du
théâtre, des habits, des gestes et de la voix des acteurs ; elle enchante
tout à la fois les yeux et les oreilles, et pour enlever l’homme tout entier,
elle essaye de séduire son esprit après qu’elle a charmé tous ses sens. Il faut
être de bronze ou de marbre pour résister à tant d’appas, et j’avoue que les
plus grands saints auraient peine à conserver leur liberté au milieu de tant
d’agréables tentations [...]. L’homme est entièrement perverti
depuis le péché, les mauvais exemples lui plaisent plus que les bons, parce
qu’ils sont plus conformes à son humeur, et quand on lui représente sur le
théâtre le vice avec ses laideurs et la vertu avec ses beautés, il a bien plus
d’inclination pour celui-là que pour celle-ci. Et comme les poètes ne sont pas
exempts de ce désordre, qui n’épargne aucune personne, ils expriment beaucoup
mieux les passions violentes que les modérées, les injustes que les
raisonnables, et les criminelles que les innocentes. Si bien que, contre leur
intention même, ils favorisent le péché qu’ils veulent détruire, et ils lui
prêtent des armes pour combattre la vertu qu’ils veulent défendre. » (Le Monarque, p.229 et suiv.)
u Le Prince de Conti : revenu à la pratique chrétienne sous la conduite de Pavillon, évêque
d’Alet.
Traité de la comédie et
des spectacles selon la tradition de l’Eglise tirée des conciles et des saints
Pères, publié en 1666 à titre posthume, précédé d’une
collection des condamnations des premiers siècles à Saint Bernard.
Réprobation générale englobant tragédie, comédie, jeux du cirque et combats
de l’amphithéâtre.
Reprise de l’argument selon lequel il ne peut y avoir d’amendement de la
tragédie : peignant par essence les passions, elle les excitent dans le
cœur des spectateurs.
Opposition totale entre la position du théâtre et du christianisme à
l’égard des passions :
éradiquer les passions/ les susciter.
u Réponse de l’abbé d’Aubignac à
ces attaques : Dissertation sur la
condamnation des théâtres (1666).
Le théâtre n’offre qu’un divertissement agréable, sans danger.
u L’Abbé de Pure : défense de la profession de comédien dans l’Idée des spectacles anciens et modernes
(Paris, 1668, p.175-177)
u Joseph de Voisin, aumônier du Prince de Conti : Défense
du traité de Monseigneur le prince de Conti touchant la comédie et les
spectacles, ou la Réfutation d’un livre intitulé : Dissertation sur la
condamnation des théâtres, Paris, 1671.
L’ouvrage constitue la somme la plus complète des autorités et des raisons
alléguées contre l’innocence de la comédie et abonde en renseignements sur
l’histoire du théâtre.
Rejette la déclaration royale de 1641
Examen de pièces de Corneille et Rotrou, de la Vraie Didon de Boisrobert, composée d’après une idée de d’Aubignac.
Condamnation des pièces jouées chez les Jésuites (à cause du
travestissement).
u La cabale des
dévots : l’affaire du Tartuffe.
Débute avec L’Ecole des femmes et se poursuit avec le Tartuffe, dont les 3 premiers actes sont représentés devant le roi
à Versailles le 12 mai 1664.
Louis XIV interdit cependant représentation publique et impression.
Multiplication des lectures et des représentations privées.
Réaction des milieux dévots.
Pierre Roullé, curé de Saint-Barthélemy, dans un panégyrique de Louis XIV (Le Roy glorieux au monde, ou Louis XIV le
plus glorieux de tous les rois du monde), à propos de Molière :
« Un homme, ou plutôt un démon vêtu de chair et habillé en homme, et
le plus signalé impie et libertin qui fût jamais dans les siècles passés, avait
eu assez d’impitié et d’abomination pour faire sortir de son esprit diabolique
une pièce toute prête d’être rendue publique en la faisant exécuter sur le
théâtre, à la dérision de toute l’Eglise [...]. Il méritait, par cet attentat
sacrilège et impie, un dernier supplice exemplaire et public, et le feu même
avant-coureur de celui de l’enfer, pour expier un crime si grief de
lèse-majesté divine [...]. »
Le roi ordonne la suppression du discours de Roullé.
Lecture du Tartuffe à
Fontainebleau devant le légat du pape qui approuve la pièce.
Le 5 août 1667 : représentation au Palais-Royal, après autorisation
verbale de Louis XIV.
Le lendemain : le président Lamoignon fait opposition ; le 11,
l’archevêque Hardouin de Péréfixe interdit sous peine d’excommunication
« de représenter, lire ou entendre réciter la susdite comédie, soit
publiquement, soit en particulier. Cette pièce est d’autant plus capable de
nuire à la religion, que, sous prétexte de condamner l’hyprocrisie ou la fausse
dévotion, elle donne lieu d’en accuser indifféremment tous ceux qui font
profession de la plus solide piété, et les expose par ce moyen aux railleries
et aux calomnies continuelles des libertins [...]. »
1669 : le roi donne à molière toute liberté de représenter la pièce,
jouée le 5 février et imprimée en mars.
Préface de Molière au Tartuffe :
« Je sais qu’il y a des esprits dont la délicatesse ne peut souffrir
aucune comédie, qui disent que les plus honnêtes sont les plus dangereuses, que
les passions que l’on y dépeint sont d’autant plus touchantes qu’elles sont
pleines de vertu, et que les âmes sont attendries par ces sortes de
représentations. Je ne vois pas quel grand crime c’est que de s’attendrir à la
vue d’une passion honnête ; et c’est un haut étage de vertu que cette
pleine insensibilité où ils veulent faire monter notre âme. Je doute qu’une si
grande perfection soit dans les forces de la nature humaine, et je ne sais s’il
n’est pas mieux de travailler à rectifier et adoucir les passions des hommes,
que de vouloir les retrancher entièrement. J’avoue qu’il y a des lieux qu’il
vaut mieux fréquenter que le théâtre ; et, si l’on veut blâmer toutes les
choses qui ne regardent pas directement Dieu et notre salut, il est certain que
la comédie en doit être, et je ne trouve point mauvais qu’elle soit condamnée
avec le reste. Mais supposé, comme il est vrai, que les exercices de la piété
souffrent des intervalles et que les hommes aient besoin de divertissement, je
soutiens qu’on ne leur en peut trouver un qui soit plus innocent que la
comédie. »
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